La Grande Guerre vécue par d'illustres indriens

La presse

chereauGaston Chéreau vu par Bernard Naudin

Gaston Chéreau (1872-1937)

Poitevin par son père, berrichon par sa mère et surtout de cœur, il passe ses vacances dans ce Berry familial. Il rencontre à Argenton-sur-Creuse le jeune naturaliste Raymond Rollinat et va le voir chaque jour pendant ses vacances, tant il est passionné par ses recherches.

Il entre au lycée Fontanes de Niort, en internat, de 1885 à 1889, puis ensuite au lycée de Poitiers où il termine ses études secondaires. Durant ses études à Niort, son père lui offre des cours de peinture.

Amoureux de la nature, Gaston Chéreau dépeint la nature qu’il aime tant par ses écrits mais aussi par ses toiles.

articleArticle de Gaston Chéreau
publié dans l'Illustration
du 7 novembre 1914

Un accident survenu lors de son service militaire lui vaut un séjour prolongé entre Argenton-sur-Creuse, Prissac et Crevant pendant lequel il amoncelle de nombreux textes pour ses futurs romans.

Devenu fonctionnaire quelque temps, il acquiert son indépendance et se marie en 1900 avec Edmée Nodot, à Beaumont-en-Vérone (Indre et Loire). Le couple réside à Paris. Gaston Chéreau s’installe alors dans la littérature. Avec Champi-Tortu, paru en 1906, il affirme son talent même s’il manque de peu le prix Goncourt.

Également journaliste et chroniqueur, il devient reporter de guerre pour le journal L’Illustration en 1914.

Déraciné après la mort des ses parents en 1922 et par la vente de la maison familiale berrichonne de Prissac, il achète une maison à Bélâbre dans l'Indre.

En 1926, il devient membre de l’Académie Goncourt et de l’Académie du Centre.

Dans sa maison berrichonne, il peut enfin s’adonner pleinement à l’écriture et à l’observation de la nature, s'intéresse au cinéma, rédige des dialogues de films et devient aussi conférencier dans le monde entier.

Des Indriens « célèbres » inconnus : les journaux de tranchées

Dès l'automne 1914, alors que les combats font rage, naissent, à l'initiative des Poilus, des journaux dits de tranchées conçus et édités par des soldats sur le front même.

Même s’ils n’ont pas été totalement absents du côté allemand, les journaux élaborés par les combattants eux-mêmes sont surtout le propre des armées alliées et notamment de l’armée française.

Très longtemps méconnus, ces documents ont été tirés de l'oubli par l'historien Stéphane Audoin-Rouzeau, spécialiste de la Première Guerre Mondiale, qui leur a consacré sa thèse en 1984, étude réalisée sous la direction de Jean-Jacques Becker.

journaux trancheesQuelques Journaux des Tranchées

Les premiers journaux de tranchées paraissent dès la fin 1914, à la charnière entre la fin de la « guerre de mouvement » et le début de la « guerre de position », période qui semble rassembler les conditions morales et matérielles propices à la mise en place d’une presse du front. De 1915 au milieu de l’année 1916, on assiste à la multiplication des titres des journaux, sans doute favorisée par l’émulation née entre les différents régiments et unités. Mais, dès la seconde moitié de 1916, la presse de tranchées amorce son déclin, même si on assiste à des sursauts sporadiques. La dureté des combats n’y semble pas étrangère. 1918, quant à elle, sonne définitivement le glas de la presse du front. Quelques titres renaîtront dans les années 1920 mais sous une forme et dans des circonstances fort différentes.

Malgré la précarité des conditions de rédaction, les journaux de tranchées se développent même si les parutions sont tributaires de l'intensité des combats, du déplacement du front, des aléas de la vie dans les tranchées. Un grand nombre de compagnies possède ou va posséder son journal de tranchées, entre 1914 et 1918. Pour exemple, 61 titres connus paraissent pour le seul mois de juin 1916.

Ces journaux sont essentiellement le fruit de la plume de soldats (1/3 des rédacteurs) et de sous-officiers et officiers jusqu’au grade de Capitaine. Très peu d’officiers supérieurs collaborent à la parution de ces journaux (seulement 2% des rédacteurs identifiés).

Outre le fait de lutter contre l’ennui ou la démoralisation et de remplacer la presse officielle, mal acheminée jusqu’aux premières lignes, le but de ces publications est de témoigner par le biais de quelques feuilles de leur expérience de la guerre, de lutter contre les représentations erronées qui circulent à l’arrière du front, de dénoncer les idées caricaturales que les civils ont du front. Tous les titres traitent de l’univers du combattant à l’exception des combats et affrontements : scènes de la vie quotidienne dans les tranchées ; états d’âmes ; nostalgie de la vie à l’arrière ; les femmes ; les poux ; les Allemands... Cependant, le contenu des journaux peut varier considérablement au fils des mois, évoluant au rythme des disparitions et du renouvellement des rédacteurs, des exigences de la censure ou de celle des lecteurs.

Hormis pour les journaux manuscrits à exemplaire unique, trois procédés de fabrication s’offraient à la presse du front :

  • le tirage à la pâte de gélatine, qui n’autorisait qu’un petit tirage au prix d’un travail long et fastidieux pour un résultat médiocre. La plupart des journaux réalisés avec cette technique ne comportaient guère plus de 4 pages et étaient obligatoirement édités pendant des périodes de repos, même si les articles étaient bien souvent rédigés sur le front. Ces documents sont considérés comme les plus émouvants.
  • le tirage ronéoté qui pouvait permettre d’atteindre un millier d’exemplaires grâce à du matériel d’impression assez imposant.
  • les journaux imprimés dont l’impression avait lieu dans les villes à l’arrière du front. Les articles étaient adressés à l’imprimeur qui renvoyait les exemplaires imprimés, d’où un coût qui pouvait être conséquent. Même si ce sont les mieux conservés, l’intérêt et la sincérité de ces parutions sont les plus discutables pour les historiens.

Éditer un journal coûte souvent cher, ce qui se traduit sur le prix de vente de celui-ci. Les tarifs sont d’autant plus fluctuants qu’ils varient selon le grade de l’acheteur. Les Poilus peuvent acheter leur journal au numéro ou bien s’abonner à l’année ou pour toute la durée du conflit. Les titres les moins couteux se vendent 5 centimes le numéro, les plus chers pouvant atteindre le prix de 50 centimes. Même si le prix moyen de ces parutions se situe entre 10 et 25 centimes, l’achat d’un de ces journaux, souvent de petit format et dépassant rarement six pages, pouvait apparaître comme un luxe pour bon nombre de soldats. Bien des journaux ne vécurent que grâce à l’apport personnel de ses rédacteurs ou grâce au mécénat exercé par des bienfaiteurs. Certains acceptèrent même le recours à la vente d’encarts publicitaires.

Ces petits journaux sont donc réalisés avec des moyens rudimentaires. Il n’est pas rare qu’un titre ne vive pas plus de deux ans. La périodicité, souvent fixée à un numéro par mois, peut varier : les interruptions de parution sont régulièrement d’actualité, pouvant aller de quelques semaines à quelques mois, voire une année.

Il est très difficile de déterminer avec exactitude le nombre de titres parus pendant toute la durée du conflit.

Les collections conservées et parvenues jusqu’à nous ne sont qu’un tout petit échantillon de la production. On sait que bon nombre de journaux de tranchées ont disparu sans laisser de trace, sauf dans la mémoire vivante des Poilus. Pour d'autres, ne subsiste que le nom cité ça et là dans les écrits des anciens combattants, tandis que certains ont vu leurs collections conservées quasiment dans leur intégralité.

Le degré de conservation des journaux de tranchées varie selon la date de publication et le procédé de fabrication employé : plus un journal parait tôt, est imprimé de manière artisanale et a un tirage restreint, moins il a de chance d'être présent aujourd'hui dans les Fonds d'archive. Ainsi, le nombre de journaux conservés augmente à mesure que le conflit s’approche de l’Armistice. Ils seront bien souvent conservés comme des reliques par les soldats-mêmes et leur famille.

Quatre titres sont présents, de manière très fragmentaire, dans les collections de la Médiathèque de Châteauroux : Le Bochofage, Les Boyaux du 95e, Le Poilu et L’Horizon : journal des Poilus.

Initiée par la Bibliothèque Nationale de France en partenariat avec la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC), la numérisation des journaux de tranchées permet de découvrir, via le net, environ 130 titres traités à ce jour.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur Gallica ou l'Argonnaute.

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