La Grande Guerre vécue par d'illustres indriens

Les films, photographies et peintures

Maurice Brimbal (1877-1945)

Né à Châteauroux en 1877, Maurice Brimbal part pour Paris dès son apprentissage d’horloger en poche. Il y découvre Montmartre, le quartier latin, le monde des cabarets et du spectacle et fréquente assidûment Le Chat Noir, cabaret en vogue à l’époque.

De retour à Châteauroux, il fonde avec ses amis Badel (imprimeur), Naudin (illustrateur), Nigond (écrivain) et Nivet (sculpteur), un cabaret place Gambetta, Le Pierrot Noir, dans lequel il essaie d’adapter des éléments de la vie culturelle parisienne à Châteauroux.

photo01Maurice Brimbal sur les marches de l'Apollo

Après son service militaire au 90e RI, il fonde sa propre boutique au 23 rue Victor Hugo avec son épouse Juliette. C’est donc à Châteauroux qu’il apprend la déclaration de la guerre. Mobilisé au 65e Régiment d’Infanterie Territorial, il est affecté au creusement des tranchées dans l’Aisne avant d’être versé à l’Arsenal de Puteaux où il peut mettre son talent d’horloger au service de l’armée : il travaille alors à la mise au point des mécanismes d’horlogerie des batteries d’artillerie de gros calibre.

Même si l'Armistice est signée le 11 novembre 1918, mettant fin au conflit armé, la guerre n'est pas terminée : commence alors une longue bataille diplomatique. Et il faudra attendre le courant de 1919 pour voir les Poilus regagner leur ville de garnison puis leur famille.

Après avoir connu l'enfer des tranchées, toutes les grandes batailles de ce qui devait être la « Der des Der », suivi de 8 mois d'occupation en Allemagne, le retour du 90e RI dans l'Indre, est programmé à la fin de l'été.

La date du retour du 90e RI à Châteauroux connue, se met en place un comité d’accueil chargé d'organiser une fête digne de nom pour honorer les rescapés de la Grande Guerre.

En quelques jours, pas moins de 21000 francs sont réunis qui permettront de

  • décorer les rues principales de la ville,
  • construire un arc de triomphe,
  • organiser une cérémonie et un défilé des troupes en ville,
  • servir un déjeuner « de fête » aux soldats à la caserne Bertrand,

à l’occasion de ce 24 août 1919.

Membre du comité, Maurice Brimbal, propriétaire du cinéma l’Olympia de Châteauroux depuis 1910, commande alors aux équipes Pathé (marque dont il est concessionnaire) un film pour « fixer les scènes de cette journée où le Berry manifesta à ses enfants sa reconnaissance et son affection [] afin que lorsque tous, témoins et acteurs de la Grande Guerre de 1914-1918, nous aurons disparu, ces images animées, puissent rappeler à nos enfants, avec les heures douloureuses et glorieuses, le souvenir de notre joie au lendemain de la victoire péniblement mais justement gagnée ».

C’est ainsi que voit le jour Châteauroux, Les Fêtes du retour des poilus - 24 août 1919, un documentaire, muet, en noir et blanc, de 22 minutes.

photo02Bobine originale du film Le retour du 90e RI

photo03Copie de la bobine du film Le retour du 90e RI

photo04Manuscrit du discours de Maurice Brimbal

Ce film sera conservé par ses héritiers jusqu’en 2004, date à laquelle Jean Barbot, petit fils de Maurice Brimbal, en fait don à la Médiathèque Équinoxe de Châteauroux.

Ce don comprend également le manuscrit du discours (non daté) de Maurice Brimbal, prononcé, semble-t-il, par ce dernier lors de la première projection du film. Y sont consignés les préparatifs et le déroulement très détaillés de la cérémonie, qui permettent de mieux appréhender le visionnage du film.

Quelques jours avant le 24 août, « le comité distribua guirlandes et lampions pour que sur le parcours du défilé, les rues prennent un air de grande fête. Un arc de triomphe monumental fut dressé en trois jours et trois nuits à l’angle de la place Gambetta et de la rue de la gare ».

Bien qu’en vacances, « les enfants des écoles tressèrent des guirlandes de lierre et de mousse, et découpèrent des fleurs artificielles ». « Au matin de la fête [...], la voie triomphale s’allongeait sous une voute de verdure et de couleur ».

photo06Rues de Châteauroux décorées en l'honneur du 90e RI

 brimbal chateauroux

Le 24 août 1919, « les troupes arrivées depuis l’avant-veille, furent massées le matin, route de La Châtre [...]. A dix heures précises, les canons tirèrent leurs saluts, les locomotives massées sur le pont de La Châtre sifflèrent cinq minutes durant, toutes les cloches des églises de Châteauroux et de Déols sonnèrent à grandes volées et le 90e Régiment d’Infanterie suivi des autres corps de la garnison s’avança vers la ville.

En tête marchaient les mutilés et les grands blessés montés dans les autos gracieusement prêtées par des citoyens.

Au bureau d’octroi de la route de La Châtre, la colonne s’arrêta. Massés à cet endroit, le Préfet de l’Indre, les membres de son cabinet, les Sénateurs et Députés, la Municipalité de Châteauroux, les corps administratifs, les Généraux des corps d’armée de division et le comité s’avancèrent du devant des troupes. [...] »

photo07le Conseil Municipal, le Maire, les Députés et sénateurs, le Préfet
et les autorités militaires
photo08Hommage aux 3 drapeaux

S’ensuit le défilé des troupes en direction de la Caserne Bertrand en passant par le Centre Ville. À l’angle de la place Gambetta et de la rue de la gare, la foule acclama avec vigueur ses soldats lors de leur passage sous l’arc de triomphe construit en leur honneur.

photo10Défilé dans les rues de Châteauroux

photo09

Au quartier Bertrand, devant le régiment massé entouré des délégations des anciens du 290e et du 65e Territorial et des mutilés [...], le lieutenant Colonel Cambel, dans une vibrante allocution rappela brièvement les faits d’armes du régiment, exulta les vertus des glorieux morts [...].

photo11Caserne Bertrand

photo12

À midi, les membres du comité partagèrent le repas offert aux soldats. [...] »

La liesse populaire s’empara la ville jusqu’à tard dans la nuit. « Des milliers de personnes étaient venues de tous les coins du département malgré la pénurie des transports. [...] Et le soir, lorsque la retraite aux flambeaux gagne le jardin public, où avait lieu un concert, les rues étaient barrées par une foule enthousiaste [...].

photo13Banquet offert aux troupes

photo14Retraite aux flambeaux

La population de Châteauroux massée dans notre beau jardin écouta religieusement, la musique de son cher régiment, lorsque le Baryton Mézy de l’opéra entonna la Marseillaise [...], ce fut un délire d’applaudissement qui termina brillamment cette belle journée ».

C'est par ces dernières images que se termine le discours de Maurice Brimbal ainsi que le film consacré au retour du 90e RI, deux formidables témoins d'une journée riche en émotions et en festivités, tant pour les combattants de la Grande Guerre que leur famille ou les témoins de cette journée marquante de l'histoire de Châteauroux.

Extraits du film Le Retour du 90e Régiment d'Infanterie

regarder le film en entier sur le site de CICLIC

Raymond Rollinat (1859-1931)

Naturaliste et herpétologiste (spécialiste des reptiles et amphibiens), Raymond Rollinat refuse de partir faire ses études à Paris, et préfère rester à Argenton-sur-Creuse. Il étudie aussi les vertébrés et écrit plusieurs ouvrages.

Libéré par l'âge de toute obligation militaire, il veut pourtant résolument servir la patrie. C'est pourquoi il tient un journal quotidien des événements et prend chaque jour des photographies d'Argenton-sur-Creuse notamment pendant la Guerre 14-18 et jusqu'en 1921. Une grande partie a été publiée.

Le fonds de plaques de verre est conservé à la Médiathèque Équinoxe depuis 1938 (don Frédéric Soehnée). Les légendes des plaques contenues dans chacune des boîtes d'origine, sont numérotées et légendées par Raymond Rollinat. Les fiches écrites à l'encre noire sont de Raymond Rollinat ; celles écrites au crayon à papier sont d'origine inconnue.

Pour l'anecdote...

En 1914, Raymond Rollinat consigne au jour le jour des études et observations zoologiques. Ses articles sont publiés dans les bulletins et mémoires de diverses sociétés d'Histoire Naturelle. L'annonce de la mobilisation lui cause de terribles angoisses car il garde de mauvais souvenirs du service militaire, mais demeure un grand patriote. En effet, il décide donc de s'engager dans la réserve territoriale préposée à la garde des voies ferrées, à la condition d'être affecté à la surveillance de la ligne Paris-Toulouse de son jardin : sa candidature est refusée. Il s'investit à la suite de ce refus dans la Croix Rouge.

source : Mon ami Raymond d'Anatole Sainson

Fernand Maillaud (1862-1946)

Peintre né à Mouhet (Indre), il s'installe à Montmartre à Paris. Il vit en peignant des agrandissements de portraits, des copies de tableaux de maîtres, et illustre des journaux de mode. Il passe régulièrement ses vacances à Issoudun qui va lui inspirer de nombreux tableaux. Il rencontre Gauguin et intègre le mouvement des impressionnistes pour finalement le quitter peu de temps après, préférant être un peintre libre et solitaire. Il reçoit les conseils de deux maîtres, Humbert et Cormon, professeurs à l'école des Beaux-Arts de Paris. Lors de ses passages dans l'Indre, il fréquente Maurice Rollinat et Gabriel Nigond.

Pour preuve de leur amitié, Fernand Maillaud illustre le manuscrit Les contes de la Limousine de Gabriel Nigond, artiste mondialement reconnu.

photo15En observation 1916
de Fernand Maillaud

photo16La femme et le blessé 1914
de Fernand Maillaud
photo17Le soir dans les tranchées
de Fernand Maillaud

Léon Broquet (1869-1935)

Élève de Claude Monet entre autres, il peint beaucoup d'huiles sur toile, mais réalise aussi des gravures à l'eau-forte, des aquarelles et des peintures murales. Il réalise également des peintures de paysages, de scènes de genre et de marines en parcourant la France.

14-18 : il commence la guerre comme militaire et ce n'est qu'en 1916 qu'il effectue quelques missions de peintres aux armées. Il est ensuite nommé peintre aux armées et demande à repartir au front en 1917. De nouveau au front, il dessine et peint durant toute la guerre des œuvres qui ne font qu'accroître sa notoriété.

Il devient rapidement un peintre de renommée internationale. Il part rejoindre le groupe des peintres de Concarneau. C'est à cette occasion qu'il rencontre une bonne dans l'hôtel où il descend et l'épouse rapidement.

Le couple voyage beaucoup avant de s'installer à Châteauroux où Léon Broquet établit une école de peinture.

photo18Soldats derrière les barbelés

photo19Soldats poussant le canon

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