L'odyssée du jazz

Pourquoi le jazz ? Parce que c'est une musique passionnante ! Ses racines sont profondément ancrées dans la terre africaine mais c'est aux États-Unis qu'elle se développe et la France n'est pas étrangère à son rayonnement.

Née au 20e siècle, la musique jazz est jeune et pourtant en perpétuelle mutation, protéiforme mais immédiatement reconnaissable.

De septembre à novembre 2016, les Bibliothèques de Châteauroux lui ont consacré un cycle d'animations.

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jazzman« Musique d'intello », il paraît qu'on ne l'apprécie vraiment qu'après 40 ans...

Pourtant, entre swing et be-bop, elle est la quintessence de la vitalité, l'élan joyeux d'un peuple qui se libère avec brio. De plus, ses morceaux sont plutôt courts, construits comme les chansons populaires, sauf qu'au lieu de couplets alternant avec un refrain, on entend un thème entrecoupé de solos. De quoi se raccrocher à une ligne mélodique tout en savourant des improvisations virtuoses. Le jazz est considéré aujourd'hui comme une musique pour initiés, alors que la seule contrainte pour l'apprécier est de se laisser aller au gré de sonorités sensuelles.

Quelle est la signification du mot « Jazz » ?

Le magazine Jeune Afrique a répondu à cette question le 10 septembre 2007 à 14h23 (à 14h24, les journalistes sont allés boire un café).

jasmin« S’il est un mot dont l’étymologie reste des plus obscures, c’est bien celui de « jazz ». De nombreuses hypothèses ont été avancées sur son origine controversée et incertaine. Le terme serait d’origine africaine, et viendrait soit de jasi qui signifie « vivre à toute allure », soit de jaiza (« son lointain des percussions »).

Il pourrait aussi provenir du nom d’un esclave, Jas, qui vivait vers 1820 dans une plantation du sud des États-Unis ; ou bien de Jasbo, surnom que l’on donnait à des musiciens de La Nouvelle-Orléans, le berceau de ce courant musical. Ou encore, il serait dérivé d’un mot créole formé sur le verbe français « jaser » dont jazz découlerait indirectement (il s’établirait en effet comme une conversation spontanée entre les instruments de musique).

Par ailleurs, on évoque aussi souvent un sens dialectal (région de La Nouvelle-Orléans) obscène au verbe anglais « to jazz » : copuler. Certains lexicologues renvoient à un argot en usage vers 1880 dans cette même région qui signifierait « exciter » – avec une connotation rythmique et érotique. Et l’on pense aussitôt à André Gide qui, dans ses Feuilles de route (1896), écrit à propos de la « musique nègre » : « de véritables morceaux de rythme bizarrement haché de syncopes, qui affole et provoque les bondissements de la chair ». D’autres le font remonter à l’expression « Jazz-Belles », déformation de Jezabel, utilisé par les francophones de La Nouvelle-Orléans pour désigner les prostituées. Enfin, une dernière hypothèse, avancée par le pianiste américain Garvin Bushell dans son ouvrage Jazz from the Beginning : jazz viendrait de jass, l’apocope de jasmin et se rapporterait à cette fleur que l’industrie cosmétique française – à l’époque bien implantée à La Nouvelle-Orléans – utilisait pour ses parfums. »

Si je résume : sex and flowers ! Quoi de plus séduisant ?

« Jeune Afrique » ? Le jazz aurait-il un lien avec l'Afrique ?

Évidemment !

afriqueLe jazz est né aux États-Unis des traditions musicales africaines apportées par les esclaves, entre le 16e et le 19e siècle. Les « lavish festivals », qui permettaient de danser et de chanter plus librement que dans les champs de coton, étaient organisés les dimanches à La Nouvelle-Orléans, en Nouvelle-Angleterre et à New York. La musique africaine accompagnait le travail et le fait religieux (« work songs » et « field hollers », ancêtres des gospels et des spirituals destinés à soulager les esclaves noirs).

Sur des lignes mélodiques uniques se développent des interventions sous forme de questions-réponses, s'y mêle bientôt le son des instruments de musique européens qui apportent un concept harmonique. Métissage, voici donc la notion fondamentale du jazz, et aujourd'hui encore il n'hésite pas à incorporer à ses rythmes issus des onomatopées parlées des langues africaines ceux du rock ou de la musique électronique : liberté chérie ! Première forme artistique typiquement américaine, le jazz est l'une des fiertés de l'identité noire américaine.

À quoi reconnaît-on le jazz ?

À sa liberté ! L'une des principales caractéristiques du jazz est d'utiliser l'improvisation, c’est-à-dire que le musicien invente la mélodie qu'il joue, il ne suit pas de partition, même s'il respecte en général l'harmonie du morceau. Une autre caractéristique est le swing : c'est une rythmique d'allure balancée et décontractée.

Les instruments les plus utilisés dans le jazz sont la trompette, le saxophone, la batterie, la contrebasse, la guitare (acoustique et électrique), le piano, le trombone et l'alto. Toutefois, on peut faire du jazz avec n'importe quel instrument ! Par exemple l'accordéon, le violoncelle, l'orgue, etc.

Donc : si vous avez envie de danser, même langoureusement, si vous avez envie de sourire, même mélancoliquement, il y a fort à parier que vous écoutez du jazz.

« Métissage », « Musique protéiforme » : beaucoup d'influences, donc autant de courants : le jazz, moi, je m'y perds !

Bon, bon, bon, pour s'y retrouver :

arbre jazzL'arbre du Jazz

Hum !

Allez, je vous aide, et je reprends le fil de l'histoire du jazz : au commencement fut le « New Orleans » qui s'épanouit à... Chicago !

nouvelle orleans

???

Au début du 20e siècle, La ville de La Nouvelle-Orléans vit aux rythmes des marches et quadrilles français que les Noirs entendent depuis leur ghetto. Ils les intègrent à leurs propres morceaux et ainsi naît le Rag-time joué dans les spasm-band. Mais le ghetto est fermé en 1917 et ils s'exilent à Chicago.

Le style « Nouvelle-Orléans » repose d’abord sur une improvisation collective : le trompettiste énonce la mélodie et conduit l’ensemble, le clarinettiste dessine des broderies, le tromboniste établit des lignes de basses. L’usage du chorus ne se répand que petit à petit. Le répertoire comprend aussi bien le blues (Royal Garden Blues) que le spiritual (When the Saints) ou le le ragtime (Maple Leaf Rag). Louis Armstrong, Sydney Bechet : ça vous dit quelque chose ?

Non

Vous plaisantez ?! Louis Armstrong est un précurseur du jazz, c'est lui qui a inventé la forme musicale telle que nous la connaissons actuellement. À ce titre, il influencera tous les musiciens de jazz qui viendront à sa suite. Et qui n'a pas fredonné son Wonderful world ? France Musique lui consacre toute une page ici. Quant à Sydney Bechet... écoutez ça...

armstrongLouis Armstrong

bechetSydney Bechet

À Chicago, le jazz séduit les jeunes Blancs qui l'exportent vers New York, il se répand sur les nuits américaines et les big bands remplacent les formations confidentielles. L'orchestre de Benny Goodman se produit même dans le prestigieux Carnegie Hall en 1938. Le jazz est alors synonyme de joie de vivre et l’on appellera « époque swing » (Swing Era) la période qui va de 1938 à 1944. Le Swing suscite à la fois des solistes spectaculaires et de grands orchestres bien rodés, soucieux avant tout de favoriser la danse. Écouter ces orchestres et regarder les danseurs donnent à la fois le sourire … et des courbatures !

orchestraThe Count Basie Orchestra

 

Des visages à retenir :

basieCount Basie

ellingtonDuke Ellington

fitgeraldElla Fitgerald

holidayBillie Holiday

Mais alors, d'où vient cette réputation de complexité, d'élitisme, presque ?

Peut-être d'un article du Monde publié le 23 juillet 2005 à 13h01 (à 13h02 les journalistes sont partis faire la sieste). Son titre : « Oui, le jazz est élitiste, et jamais le public n'a été si jeune ». Pour le résumer, il dit que le jazz vit dans les festivals et pas à la télé (d'où sa confidentialité), ce qui ne veut pas dire qu'il est moribond mais foisonnant. Or, « foisonnant » rime souvent avec « compliqué ».

Comment le jazz en est-il arrivé là ?

Au cours du temps, le jazz a connu des paliers. À chaque palier, il a reçu les influences d'autres courants musicaux qui sont devenus des ramifications de sa propre histoire.

parkerCharlie Parker En caricaturant, après le swing vient le Bebop (à partir des années 40). C'est une véritable révolution : la section rythmique devient l'égale de la section mélodique, elle est mouvante et syncopée et le jazz s'éloigne de la musique de danse : il devient plus complexe et s'imprègne des harmonies de la musique de Debussy et de Ravel. L'improvisation est de plus en plus technique, sur des tempos de plus en plus fous.

L'une de ses figures marquantes est Charlie Parker.

Dans les années 50 naît le Cool jazz : autant qu'un courant, c'est une approche plus calme et plus raffinée du jazz que la frénésie du Bebop. Surtout présent sur la côte ouest des États-Unis, il provoque en réaction l'apparition du Hard bop, plus musclé.

davisMiles Davis L'une de ses figures marquantes est Miles Davis.

À partir des années 60, le Free jazz se fait entendre. Peut-être lié au contexte des revendications anti-raciales de ces années-là aux États-Unis (Martin Luther King…), il réclame la suppression de toute contrainte rythmique et harmonique : c'est l'improvisation absolue. De nouveau cet appétit de liberté !

Mais Le jazz traverse ensuite une crise : les publics jeunes accordent leur préférence au rock et aux nouvelles formes de musique populaire noire comme la soul, le rythm and blues et le funk, tandis que les amateurs plus âgés se détournent de l'abstraction et de la froideur intellectuelle d'une grande partie du jazz moderne. Pour en sortir, certains musiciens de jazz empruntent des idées aux musiques populaires (c'est le Jazz fusion), et en particulier au rock (c'est le Jazz rock).

Finalement, tout ceci est assez linéaire...

Sauf que durant tout ce temps, le jazz se développe aux quatre coins du monde, ce qui complique tout car il est rond...

:-(

reinhardtDjango Reinhardt

Je plaisantais. En fait, le succès international du jazz dans les années 40-50 (les GI's exportent leur musique à la faveur de la Libération) produit de nombreux musiciens non Américains qui s'imposent et créent des formes de jazz indépendantes (Jazz manouche, Bossa nova...). Ils développent même des formes originales de musiques improvisées, utilisant certaines formes du jazz tout en élaborant des systèmes d'improvisation, des contenus harmoniques et rythmiques propres à leurs traditions ou inspirés de la musique contemporaine. Le meilleur exemple européen est Django Reinhardt.

Et si je veux mettre des mots sur les sons du jazz ?

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Quand j'écoute la radio aujourd'hui, j'ai l'impression que le jazz, c'est une multitude de voix féminines plus ou moins lénifiantes (Diana Krall, Melody Gardot, Norah jones...)

Avez-vous déjà entendu Cecile McLorin Salvant ?

salvantCecile McLorin Salvant

Ou écouté Ibrahim Maalouf ? Le jazz aujourd'hui, c'est surtout une ouverture au monde et à toutes les influences : musique savante, musique populaire, folklores de tous les pays...

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