Nouvelle, nouvellistes

Considérée comme un genre littéraire à part, la nouvelle est un récit très court concentré autour d'un seul évènement. Découvrez de bonnes raisons d'en lire et profitez-en pour repérer quelques auteurs.

Sommaire :

Origines orientales

gilgameshGilgameshComme le roman (L'épopée de Gilgamesh), la nouvelle est née en Perse (Iran) au Xe siècle. En Europe, et particulièrement en France, elle s'ajoute aux récits courts (fabliaux, lais, contes) puis les supplante, occupant à la fois le terrain religieux grâce aux exemplae, récits édifiants basés sur la vie d'un saint ou un épisode mystique, comme leur nom l'indique ; et le champs laïc grâce aux... canards, pas encore enchaînés mais déjà drôles et irrévérencieux, ayant trait à tel ridicule récent (« nouveau », donc) d'un personnage connu sinon puissant.

Développement européen

boccaceBoccaceLes Temps modernes (XVe-XVIIIe siècles) marquent une phase d’extension de la nouvelle dont la forme se cristallise. Au XVe siècle, Boccace publie Son Décaméron, intitulé Cent nouvelles nouvelles en France, qui devient une inépuisable source d'inspiration pour les auteurs des siècles suivants, jusqu'à Cervantès (père de Don Quichotte) dont les Nouvelles exemplaires sont une référence formelle à partir du XVIIe siècle.

Quant à la Princesse de Clèves de Mme de La Fayette, considéré comme le premier roman français, c'est en tant que nouvelle qu'il fut publié en 1678.

maupassantGuy de MaupassantEn France, l'âge d'or de la nouvelle est le XIXe siècle. Pour les auteurs du temps, plus qu'un exercice de style, c'est un passage obligé. Non seulement parce que cette forme courte est adaptée à la publication dans les journaux et revues qui foisonnent à l'époque, mais aussi parce que c'est une forme d'expression littéraire à part entière. L'auteur emblématique du temps est Maupassant dont les nouvelles et autres contes se comptent par centaines et sont aujourd'hui aussi lucides, flamboyants et cruels qu'ils le furent à l'époque.

Flaubert, orfèvre du roman, publie lui aussi ses Trois contes. La nouvelle se prête aux courants littéraires majeurs d'alors : le réalisme et le fantastique, le meilleur représentant de ce dernier étant Edgar Allan Poe (voir les recueils Histoires extraordinaires, Nouvelles histoires extraordinaires, Ne pariez jamais votre tête au diable).

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Apogée américaine

new yorkerLa nouvelle a moins la cote aujourd'hui : le roman domine la littérature. Les nouvellistes français sont des auteurs quasiment « spécialisés » : Hervé Le Tellier, Annie Saumont, Dominique Mainard). Aux États-Unis à l'inverse, un Cheever, un Bukowski ou un Carver sont simplement considérés comme des auteurs majeurs et se moquent des règles et dogmes qui régissent la rédaction du récit court.

Aux États-Unis, la nouvelle est enseignée de manière privilégiée dans les cours de creative writing consacrés à l'apprentissage de l'écriture littéraire car son format permet aux élèves d'être évalués régulièrement : être écrivain, c'est d'abord être nouvelliste. La nouvelle y revêt des formats multiples, de la short story à la novella et tout au long de leur carrière, les auteurs continuent à en publier dans les revues littéraires très lues (Esquire, The New Yorker) qui les ont révélés.

À lire

Des nouvelles de la nouvelle

tu connais la nouvelleDu fait de son format, des caractéristiques récurrentes se dégagent pourtant de manière universelle :

nombre de personnages limitésaction centrée sur l'un d'entre eux, le narrateurévolutions psychologiques et rebondissements concentrés dans la chute, souvent surprenante

Les auteurs qui s'y confrontent sont donc aussi des stylistes... Et des plumes néophytes qui sont des milliers à concourir aux dizaines de concours de nouvelles qui fleurissent chaque année : vite écrite, vite lue, vite jugée... vite récompensée.

Le réseau des bibliothèques de Châteauroux est associé depuis des années à Tu connais la nouvelle ?, une association régionale, dont la mission est de favoriser l’accès à la lecture et à l’écriture sous toutes ses formes et qui a crée, en 2011, le Prix Boccace du meilleur recueil de nouvelles francophones. Celui-ci a été décerné le 9 juin 2013 à Arnaud Modat pour La fée Amphète.

Pourquoi il faut lire des nouvelles

La lecture de nouvelles est gratifiante : rapide, elle évite le découragement, la confusion... et facilite en soirée une plongée sereine dans un sommeil libéré du remord d'abandonner le héros au milieu du pont et l'écrivain au milieu de la métaphore. Si elle s'avère décevante, la frustration est d'autant moins grande pour le lecteur que le format est petit et la nouvelle suivante probablement meilleure.

Le recueil de nouvelles permet aussi d'appréhender plusieurs facettes, parfois plusieurs époques d'un auteur et d'avoir rapidement une vision globale de son œuvre et de son univers (par exemple, Moi tout craché de Jay McInerney, écrit entre 1982 et 2008).

Trois incontournables de notre temps

Jay McInerney

jay mcinerneyNouvelliste américain révélé par The New Yorker, élève de Raymond Carver. Il s'engouffre, via l'exploration de la société dorée new-yorkaise, dans la description de la vacuité humaine. « Mon monde a été pulvérisé en 2011 », un monde paillettes, d'argent et d'intelligence gaspillée. Le 11 septembre marque aussi un tournant dans son œuvre : de l'autodérision, il passe au désespoir, son humour s'estompe. Alors que ses héros ont le sursaut de se tourner vers des valeurs « morales » après la chute des tours, la futilité du monde et du temps les rattrape et les piège à nouveau. Frivolité devenue insupportable à Jay McInerney.

Son style est typique du Brat Pack (auteurs américains jeunes et « branchés » des années 80) : monologue et name dropping, écriture rapide et faussement enjouée. Jamais il ne s'éloigne d'un milieu qu'il connaît par cœur, son œuvre finissant par dessiner son portrait, aussi agaçant et attachant que ses personnages.

À lire :

Annie Saumont

annie saumontNée en 1927, elle continue de publier régulièrement. Annie Saumont décrit la société dans laquelle elle vit, mais il faut bien remarquer que ses recueils les plus anciens sont aussi les plus pertinents.

Considérée comme la plus grande nouvelliste française (Grand Prix de l'Académie française pour l 'ensemble de son œuvre, Prix Goncourt de la nouvelle...), elle en a écrit plus de trois cents, a rayé les romans de sa bibliographie qui occulte les 20 premières années de ses activités d'écrivaine. Son influence est à double tranchant : d'une part la reconnaissance de la qualité de la nouvelle en tant que genre littéraire en France, d'autre part, son cloisonnement.

Son style est efficace et reconnaissable : adoption rapide du point de vue du narrateur qui est toujours un personnage fragile (enfant, victime, personnalité borderline). Par là, elle marque son engagement « social », sans avoir à le surligner. Annie Saumont utilise des ellipses parfois vertigineuses qui permettent au lecteur de fabriquer sa propre émotion, en même temps qu'il remplit les « trous » : son écriture ne laisse aucune place au « gras ». Enfin, la chute est nette, le récit complet.

À lire :

Ferdinand Von Schirach

ferdinand von schirachAvocat allemand, il relate ses expériences professionnelles supposées : le destin poignant d'anonymes, victimes ou coupables de faits divers. Il désamorce le voyeurisme éventuel du lecteur grâce un style net, voire désincarné, transcendé par le sentiment d'empathie qui imprègne ses récits. Les « héros » ont toujours une histoire qu'il connaît en profondeur et brouille les limites de la culpabilité. De fait, il ne faut pas confondre « crime » et « criminel » : le crime est un fait, ponctuel, le plus souvent explicable. En creux, apparaît une analyse de la différence à faire entre Justice, Droit et système judiciaire; entre la société telle qu'elle s'imagine, telle qu'elle est, et telle qu'elle se voudrait être.

Ses récits sont un bonheur de lecture, des contes rondement menés, touchants et souvent teintés d'humour.

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