La nature nous réserve de belles surprises vers lesquelles Richard Bernaer nous a guidés au printemps 2018, à l'occasion du cycle d'animations En vert et avec tous ! Une découverte de ces petites plantes urbaines trop souvent oubliées au bord de la route, un feuilleton en trois épisodes : L'Éveil de la nature (en mars), La Nature en émoi (en avril) et La Nature en fête (en mai)...

Programmer trois promenades botaniques sur un même site à un mois d'intervalle chacune, c'est comme photographier un paysage en trois fois : on y découvre l'évolution de la végétation.

C'est donc cette option qu’ont choisie les bibliothèques de Châteauroux afin d’éveiller les regards citadins aux merveilles naturelles qui les entourent.

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Compte-rendu de ces trois déambulations par Richard Bernaer, auteur de Champignons & plantes du Berry : fonge & florule et guide pour l’occasion. Merci à Robin, photographe de 8 ans, qui a couvert l'événement.

Nous nous retrouvons les 17 mars, 14 avril et 12 mai devant le Moulin de la Valla, pour une boucle au fil de l'Indre, passant par le pont du Château Raoul et revenant par le Parc Balsan.

17 mars

La nature est encore nue d'hiver, trempée des inondations récentes. Seules les premières et incontournables petites fleurs sont au rendez-vous : la véronique de Perse, le mouron des oiseaux, la violette odorante, le lamier pourpre, la cardamine hirsute, sans oublier le pâturin annuel et la pâquerette qui fleurissent toute l'année. Mais de futures fleurs signalent déjà leur présence par leurs feuilles, notamment deux ombellifères : la grande berce et l'anthrisque sauvage.

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Avant de nous engager dans la Coulée Verte, nous examinons quelques plantes sèches et squelettiques de l'an passé dans l'un des terrains vagues qui jouxte le Moulin de la Valla ; leurs feuilles naissantes sont déjà turgescentes de forces vertes, prêtes à conquérir le soleil : il s'agit de l'arbre aux papillons et du bouillon blanc.

Au départ de la Coulée Verte, arbres et arbustes nous interpellent : le frêne, reconnaissable à ses bourgeons noirs, le chêne pédonculé, l'aulne glutineux, l'érable sycomore, le saule marsault, l'orme champêtre, le sureau noir – arbre qui marque la présence humaine – le prunellier en fleur – qui fait les fleurs avant les feuilles – et l'aubépine, encore nue, qui elle fera les feuilles avant les fleurs presque un mois plus tard. Nous marchons sur des tapis de ficaires, ce bouton d'or à feuilles en cœur, le plus précoce de tous.

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Les champignons ne sont pas absents de cette promenade ; en arrivant vers le pont du Château Raoul, sur une souche de peuplier, nous tombons sur un amadouvier – ce polypore si important dans la conquête du feu chez les hommes préhistoriques – et sur les chapeaux hirsutes de la funalie de Trog. En levant les yeux vers le faîte des platanes, une personne du groupe remarque des consoles noires, dont quelques reliefs parsèment le sol. Voici un troisième polypore : inonotus hispidus, littéralement « oreille poilue hispide ».

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En traversant le pont, nos yeux émerveillés découvrent la lilliputienne drave printanière, une précoce et délicate crucifère.

Sur l'autre rive, du pétasite odorant nous ne voyons plus que les grandes feuilles en chapeau à large bord (petasos en grec) ; chez ce pétasite échappé des jardins, les fleurs apparaissent en même temps que les feuilles, dès le mois de février.

14 avril

Au point de départ, sous nos pieds, des morillons provoquent la surprise générale.

Au lamier pourpre rencontré lors de la précédente sortie, se joint une autre lamiacée : le lierre terrestre, aux feuilles ressemblant peu ou prou à celles de lierre, et aux fleurs en gueule d'un bleu soutenu.

Les premières graminées érigent leur inflorescence du fourreau de leurs feuilles : le dactyle aggloméré, aux épillets agglutinés mimant des doigts potelets, et le vulpin des prés qui, ébouriffé de ses étamines rousses, ressemble bien à une queue de renard. Le carex des rives, dont les feuilles glauques nous avaient interpelés le 17 mars, dresse ses noirs et fusiformes épis mâles, tandis que les diaphanes et filiformes épis femelles pendent timidement en dessous. Nous en profitons pour évoquer l'inversion chez certains carex – dont celui des rives : en début de floraison, les épis mâles sont plus gros et plus ronds que les épis femelles, après quoi les choses s'inversent : pendant que les premiers s'effilent, les seconds grossissent et se couvrent d'utricules replets. Cette inversion – comparables en tous points à l'inversion géométrique qui transforme un cercle en une droite, une sphère en un plan – fut jubilatoire pour le professeur de mathématiques qui nous accompagnait.

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La consoude officinale, bleue, pourpre ou blanc jaunâtre – boraginacée qui était utilisée jadis pour consolider les os après une fracture, jalonne le sentier, les bords de l'Indre et les friches luxuriantes, en compagnie du gaillet gratteron – qui s'accroche aux vêtements – de la barbarée – une crucifère à fleurs jaunes et feuilles luisantes – et de la grande ortie.

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De l'autre côté du pont, quelques champignons s'offrent à notre regard : la psathyrelle larmoyante, et la pholiote du peuplier, ainsi que deux discrets carex fleuris : le carex des bois et le carex diffus, rehaussés çà et là par les taches colorées des coucous et des petites pervenches.

12 mai

La Coulée Verte est devenue la Coulée Blanche : l'anthrisque sauvage, cette ombellifère à feuilles de cerfeuil, a semé ses flots de crème le long du chemin où nous nous engageons.

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Et dans la prairie, la végétation a tellement gonflé que nous avons l'impression que toutes les plantes rencontrées les fois précédentes se sont diluées dans une inondation verte – dans cette haute friche nitrophile dominée par l'ortie, la grande fétuque, le bouton d'or âcre, la consoude, le gratteron. En cherchant bien, nous finissons cependant par retrouver le carex des rives, la barbarée et le lierre terrestre qui a choisi de grimper pour faire sa place au soleil.

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Ces trois promenades botaniques furent un moment de grande convivialité et d'attention soutenue à la végétation qui nous entoure, à toutes ces plantes que nous apprenons à connaître et à aimer, et qui deviennent alors des plantes-compagnes.

Richard Bernaer, Velles, le 24 juin 2018

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